02. Première chimio

(Texte manuscrit retranscrit)

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Mercredi 24/12/08

Réveillon de Noël aujourd’hui… Pour une fois, je ne le passerai pas seul chez moi avec au moins une petite chatte –L’année passée, j’avais toujours Chi-chi…

En fait, si j’écris à la main, ce n’est pas que l’ordi soit mort –Quoiqu’encore le pauvre soit dans un état pitoyable !– C’est moi qui le suis !

Je suis sur un lit d’hôpital à la citadelle… Là, enfin deux chambres à côté, où l’année passée on m’a placé le stent. En fait depuis deux ans, je résume : Le 13/12/2006, je me suis fait arracher toutes les dents qui restaient (au moins quinze !) ça, ça m’avait déjà bien changé les idées : trois jours après la mort de Mémère… Le 15/12 de l’année passée, ils m’ont placé le stent et m’ont fait flipper par rapport au fait de fumer, que je devais arrêter tout de suite… Chose que je n’ai pas faite, évidemment… Et pour cette année donc –Je suis là depuis lundi– c’est le cancer du poumon. Ils vont commencer la chimio dès aujourd’hui… Je me réjouis !

(Page 2) Déjà lundi, pour mon arrivée, ils m’ont fait un truc dégueulasse : Ils ont enfoncé un tuyau dans mon nez qui est descendu jusqu’aux poumons. Ils ont eu beau endormir localement, c’était quand même pas cool du tout ! Là, d’après Christelle, qui m’a sonné pour me faire sa petite leçon de morale, la chimio, elle n’en veut pas : trop d’effets secondaires… Faut voir : un cancer n’est pas l’autre… et les chimio sont toutes différentes… Quand je vois mon voisin de chambre, il dit que ça ne fait pas mal… il a perdu ses cheveux (C’est ça, à mon avis, qui rebute Christelle) et pour le reste, il n’arrête pas de péter ! Ça pue ici, c’est l’enfer !

Mais si tout va bien, il pourra sortir, tantôt, vers 14h jusque vendredi… J’aurais donc la paix… Encore qu’il soit bien sympathique et sa famille aussi… Mais enfin, j’aimerais mieux rester seul si c’est possible… J’ai quelques canettes et il restait 20€ sur mon compte, j’irai acheter une bouteille ou deux de pinard, tantôt… Comme ça, je me bourre la tronche, bien tranquillement… et basta !

(Page3) Hier, j’ai reçu de la visite : une femme que je n’ai pas reconnue : la mère de Vanessa. Méga-cool ! Elle m’a amené des cadeaux (After-shave et cigarillos –J’ai horreur de ça mais ils sont dans de petites boîtes en fer qui sont assez jolies et dans lesquelles, je pourrai ranger le matos…)

Lundi, c’était ma mère qui m’a apporté des fringues, genre : pyjama, slips, tee-shirt et compagnie… Comme j’ai appris la bonne nouvelle, hier, vers 16h, je lui ai téléphoné pour lui dire… Bref, elle vient demain… Elle voulait apporter une bûche de Noël… Je lui ai donc rappelé que je n’ai plus droit au cholestérol depuis un an mais c’est super gentil quand même !

Quand le toubib est venu m’annoncer la bonne santé (Ici, je fais un lapsus avec « nouvelle », ndla) elle m’a laissé sortir trois ou quatre heures, soi-disant pour que je puisse régler deux ou trois trucs comme de faire ma vaisselle…

(Page 4) En fait, je m’étais arrangé avec le jeune du premier (Le copain de la voisine) pour qu’il m’amène du matos –Je lui avais filé 20€, il était censé y aller hier et donc c’est surtout pour ça que je voulais retourner. Mais le mec n’était pas là et quand j’ai expliqué le topo à sa copine, elle était furax vu qu’elle n’était pas au courant. En fait, ils y allaient ce matin et puis rentraient direct à Bruxelles… Pour mon vaporisateur, j’ai pas pu le ramener car il n’y a pas de trou dans la prise pour la prise de terre, donc inutilisable ici à la clinique.

J’ai pas fait la vaisselle (Je m’en fous royalement) Je suis descendu chez Manon dire bonjour aux bêtes –C’est vrai que Rocky me manque… Et Jerry et Gizmo !

Rocky ne comprenait pas pourquoi je ne le sortais pas… Gizmo est venue sur mes genoux, je me sentais bien…

J’ai ouvert la bouteille de vin que Vanessa m’a laissé en cadeau… et je suis resté (Page 5) une heure à peu près, puis Manon est revenue avec son copain –Qui s’est tiré presqu’aussitôt !– Comme ça, j’ai un peu pu parler avec elle, puis elle m’a ramené avec Rock à la Citadelle (Je viens de faire un break car ils m’ont placé un nouveau cathéter et je me prends ma première chimio… Il est midi, je suis parti jusque 18 ou 19h… On verra bien quel sera le degré de gêne que les effets secondaires vont occasionner…

Bon… La bouffe arrive… Ils m’ont filé un Xanax, censé remplacer le Lysanxia

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Vendredi 26/12/08

Il a fait un soleil radieux toute la sainte journée… Ainsi qu’un froid glacial !

Ce matin, ils ont fait un examen du cœur pour voir s’il supportait bien le traitement…

Traitement que j’ai subi jusque tout à l’heure. Là, j’ai la paix. Je ne peux pas sortir avant lundi parce qu’ils craignent l’une ou l’autre complication. Le traitement en question c’est n’importe quoi : un Baxter avec du produit… Qui ne fait même pas mal en plus ! Le truc, c’est que si je bouge un peu le bras, ça s’arrête. Un peu jouet, leur truc. Mais il paraît que ce sera efficace pour le cancer. Ils m’ont donné deux sprays aussi, assez compliqué à manipuler (Et j’espère pas trop cher) pour combattre la bronchite chronique.

Tout ce que je peux dire, c’est que je viens de sortir pour me fumer un petit pétard (J’ai commencé par aller me fumer une clope à la cafeteria pour voir si j’allais le supporter et  no problémo)

(Page 7) Mais dehors, à chaque taf, j’ai toussé, puis j’ai gerbé mon café… Ce qui a fait fuir les quelques personnes qui étaient dans mes parages.

Je suis bien pété quand même. Il est 17h…

Maintenant que j’ai fini le traitement (Je devrai revenir trois jours toutes les trois semaines + prises de sang et divers examens pour voir comment ça évolue…) Je crois que je vais surtout vivre la nuit… J’ai trois nuits qui m’attendent ici à rien foutre… Je vais un peu me balader à la recherche d’un endroit où je peux fumer au chaud. En fait concernant le tabac, je pense que ça va aller… J’ai hâte de retrouver mon vaporisateur ! L’alcool aussi, j’ai ma dose : J’ai des chopes au frigo et deux bouteilles de vin mais j’ai aucune envie de picoler. C’est comme pour les femmes : bien content de ne plus bander, au moins comme ça j’ai la paix !

Je le sens vraiment pour retrouver la solitude vis-à-vis des gens et retrouver la compagnie des animaux. Rocky me manque… Et Jerry Pouce et Gizmo ! Je crois qu’à part écrire, inhaler du cannabis et promener Rock, je ne vais (Page 8) pas faire grand-chose !

Évidemment, vu comment je vois le livre, j’aurai besoin de tout mon temps et de toute mon énergie…

Je pense que je vais continuer à chipoter comme je le fais, le temps de mettre de l’ordre dans ma vie… Les gens que je ne veux plus voir : exit ! Les choses qui me font perdre du temps, idem !

J’attends mes thunes : près de 10.000€ –Héritage de mon père. Après quoi, j’ai bien l’intention de louer une maison à la campagne, avec Manon, Rocky, Gizmo et Jerry (Elle et moi payons chacun de notre côté, l’équivalent de 700€… Je me dis que pour le prix, on pourrait se louer une maison à la campagne ! Manon viendra avec ses fiches de paie, on dira que je suis son mec et sous la mutuelle… Je paierai cash la maison –Enfin, la caution…– Et voilà, c’est bon.

(Page 9) Je veux une serre aussi. Pour le canna. Mais s’il est possible de faire cultiver d’autres plantes médicinales, je me spécialiserais bien là-dedans, moi.

Je crois beaucoup plus à l’efficacité des plantes qu’à celle des médocs !

Si, dans la maison, par chance, il y a une belle cave bien sèche, j’y mettrais bien une plante ou deux, histoire de dire qu’on ait du tout bon matos à fumer… Faudra voir avec Manon…

Je suis un guerrier de l’Esprit. Ce n’est pas ce petit cancer du poumon ni l’artériosclérose –Aussi sévère soit-elle– qui vont me faire peur ! J’ai deux ou trois bricoles à faire et je les ferai… Deux ou trois choses à dire aussi…

(Page 10)

Vendredi 28 décembre 2008

Il est 06h du mat’. Je suis réveillé depuis 04h30. Je crois que c’est le tempo qui sera le meilleur pour pouvoir travailler à l’aise. Je me suis déjà fumé un petit pétard à la fenêtre, j’envisage de descendre en fumer un autre dans le hall d’entrée parce qu’en effet, juste après, je suis descendu dans le hall pour me chercher un café et lorsque je suis revenu dans la chambre, en effet, j’ai senti le tabac –L‘infirmier de l’après-midi qui, d’habitude est si sympathique, l’était nettement moins, hier, quand il est venu une heure après que j’eus fumé pour la dernière fois… Il a dû sentir… mais n’a rien dit pour s’abstenir de faire des histoires… De toute façon, c’est de leur faute : ils n’ont qu’à proposer un fumoir chauffé, comme dans le temps, et ce genre de problème n’arriverait pas. Je n’ai, du reste, fumé que deux petits joints –Non : trois ! Je me trompe– hier et ne fumerai sans doute pas plus today…

En fait, les choses ont changé : Le cannabis ne me sert plus à travailler, maintenant c’est le Lysanxia. Il sert à me détendre…

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J’en suis toujours à me demander ce que je vais bien pouvoir écrire ? Quand je pense à des mecs comme Miller ou dans le genre opposé Herman Hess –Avec Castaneda se situant au milieu et d’autres comme Kerouac se situant en marge… Soit des mecs qui parlent de l’Homme… Je me dis : Que pourrais-je ajouter ?

J’en reste à ma théorie de la terre comme étant l’enfer des uns et le purgatoire des autres… Je pense qu’il serait intéressant de structurer le tout par les lignes de ce journal… –Celles de ce jour, par bon exemple ! Et d’insérer des textes qui illustrent –Ou des passages en tout cas– Comme lorsque je suis allé chanter « de l’Ancre à l’Arbre » sur la tombe de mes ancêtres… –Ou lorsque je parle de ma famille… (Il y aurait, en ce moment, des échanges téléphoniques entre ma mère et ma marraine –Leur cas est intéressant à plus d’un titre… J’y reviendrai ultérieurement– Cela fait donc plus de quinze ans que je ne les ai plus vu… du fait qu’ils ne veulent plus me voir. Mais l’âge aidant la conscience à torturer l’âme…)

Absolument faire croire que s’il on ne se voit plus (Page 12) c’est parce que c’est moi qui ne le désire pas. Je crois qu’ils vont m’envoyer un mail auquel je répondrai de deux manières différentes : Une fois ici, clairement, en expliquant le pourquoi, le comment et une autre fois à eux –Il se peut d’ailleurs que je ne réponde pas… En tout cas, leur dire la vérité sur eux-mêmes, équivaut à les tuer… Ce que je ne ferai pas… non pas que ce soit l’envie qui m’en manque, mais maintenant que je sais que je suis au purgatoire, je m’en garderai par crainte de revenir encore, dans une autre vie, dans celle d’un connard par exemple… Le genre qui n’a rien compris.

C’est comme Christelle, elle attend que son bonhomme aille se balader pour me sonner en cachette (Hier, je ne me suis rendu compte de son appel qu’une demi-heure après… J’ai sonné, exprès, plusieurs fois à la suite –À chaque fois pour avoir son répondeur ! Mais ses plans mensonges et cachoteries, ça va comme ça : Ou elle lui dit clairement : « Je m’isole deux heures pour appeler Phil » Ou elle m’appelle plus. Avec ça (Page 13) tient des discours moraleux rétrogrades… Par rapport au cannabis notamment et me reproche de ne pas faire ce que je devrais pour me soigner… Que elle, elle fait tout à la lettre… (Bien-sûr ! Elle devrait rester au repos le plus complet  mais elle court dans tous les sens et parle de retravailler à partir de janvier !) Je la remettrais bien aussi une fois à sa place, bien comme il faut… Mais je vais tâcher de m’en garder… Encore une fois, dans l’espoir de sauver mon âme…

Il n’y a que vis-à-vis de la politique que je me tâte… Dois-je encore m’en occuper, peu ou prou, ou oublier complètement…

J’ai envie d’écrire et de cultiver des plantes médicinales…

J’y crois de plus en plus au fait de vivre avec Manon dans une maison à la campagne… Avoir mon jardin avec une serre… Quel rêve !

(…)

Je viens d’avoir une chouette conversation avec le jeune infirmier qui fait le lit : Il m’avait reproché d’avoir fumé en chambre (C’était pourtant deux heures plus tard… J’avais aéré la chambre et il l’avait (Page 14) senti…) Donc je suis descendu dehors me refumer un gros pétard… Et là, je me plaignais qu’il n’y avait pas de fumoir chauffé… Il m’a expliqué que c’était la loi, etc… Je lui ai parlé de l’inhalateur… Enfin le vaporisateur… Ils étaient deux, ils ont bien ri lorsque leur racontant l’histoire de Fanny et de ses sprays au cannabis à l’Institut Bordet et que j’avais failli me faire tuer parce que j’avais demandé d’avoir une bombe…

[Alors que je retranscris ceci, ce 01/12/14, j’estime nécessaire de rajouter ceci : Fanny donc était infirmière à Bordet au moment où ils ont commencé les tests avec le Sativex… dont la nouvelle ministre de la santé Maggy De Block, vient de saluer le résultat en le faisant passer du stade de test à celui de pratique courante ; concernant le vaporisateur, je remercie le personnel de la Citadelle de m’avoir permis de l’utiliser, autant que nécessaire, pour prévenir la nausée due à la chimio –Voir à ce sujet, mon mail à Maggy De Block, ndla]

Moi et Rocky