Le mont de la Sarakina

de la théorie du complot [Qui sont les tueurs du Brabant ?]

Des victimes (non recensées)

 

Docteur Michel Delescaille

 

 

Michel était un homme extraordinaire ! Merveilleux ! Charmant, sympathique, rayonnant… Avec une aura magnifique… Certes une autorité naturelle mais doté d’un sens de la compréhension hors du commun…

La première fois que j’ai été chez lui, je n’en croyais pas mes yeux : salle d’attente super décontractée… avec les « Hara-Kiri » et « Charlie Hebdo » sur la table… Du reggae diffusé… Et Michel apparait : Avec ses longs cheveux, sa barbe et ses lunettes rondes, j’avais vraiment l’impression d’être en face de John Lennon !

Il me demande ce qui ne va pas ? Et moi comme un con, je lui dis : « Excusez-moi de vous déranger… Je ne suis pas malade mais on m’a dit que vous donniez facilement des certificats et c’est pour ça : j’aimerais bien trois jours de congé, s’il vous plait ! »

Purée ! Si ses yeux avaient été des revolvers, je serais mort ce jour-là ! Mais alors que n’importe lequel de ses confrères m’aurait jeté dehors avec son pied au cul, Michel lui, prenant sur lui, s’assied et m’invite à parler… Je lui explique donc que je bosse dans la restauration comme apprenti… avec des semaines de six jours par semaine et des journées de 12 à 14h par jour en moyenne (Pour un salaire de 6.000FB/mois : 150€ !) Et que là, j’en ai ma claque ! Je viens de me taper les communions en plus et j’ai envie de souffler. Il l’a très bien compris. Il a dit : « Très bien. Je vais te donner trois jours avec permission de sortie. Fais ce que tu as envie… Va voir les filles… » Merveilleux ! 

Qué mec té !

Fondamentalement, c’est pour ça que je bouge : pour réhabiliter sa mémoire…

 

*

Michel est assassiné… officiellement par les parents d’un jeune en difficulté dont il s’était occupé et qui s’est suicidé.

Toutefois, les experts (psychiatres notamment) sont formels pour dire que ces gens n’avaient pas les capacités (intellectuelles, psychiques et matérielles) pour exécuter Michel de la façon dont cela s’est passé. En effet, Michel a d’abord été kidnappé, conduit dans un endroit où il fût torturé à mort et puis son cadavre a été déposé ailleurs… (Cela, avec un sang-froid et un professionnalisme absolument pas dans les cordes des pseudos coupables)

Il semble évident que si Michel a été torturé, c’était bien pour savoir s’il savait certaines choses…

(En l’occurrence, Mireille lui avait-elle confié ce qu’elle savait concernant les TBW…) Le fait que des gens se soient accusés d’être les meurtriers de Michel prouve, selon moi, l’implication de gens telle la Sûreté de l’État (voire la CIA !)

 

 

Mireille Cracco

 

 

J’ai connu Mireille lorsque j’avais 20 ans.

 

(…)

 

J’ai vraiment passé du tout bon temps avec Mireille… Béni soit-il… Béni soit-elle !

 

 

Des tueurs du Brabant

 

 

Les frères Lecomte

 

En janvier 84, meurt Mireille. On la retrouve au bord d’un champ près de Genappe… On sait seulement qu’elle est morte d’une overdose. C’est tout ce que les flics savaient au début de l’enquête. Puis ils trouvent mon nom chez elle, et c’est ainsi que je me retrouve à la BSR pour interrogatoire. Comme je l’explique alors, moi je n’avais plus le moindre contact avec elle… Je ne pouvais rien dire. Je ne savais même pas qui elle fréquentait ! Le juge d’instruction n’avait pas le temps de me recevoir avant le lendemain, et c’est comme ça que je me suis retrouvé à la prison de Nivelles. Le directeur, fort sympathique au demeurant, en apprenant que je suis poète, m’assura qu’il me libèrera la cellule de Verlaine dans le cas où je serais condamné à perpète pour homicide volontaire. Ce qui était très sympathique de sa part.

Mais, était-ce l’ambiance de la tôle ? Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit-là. J’ai commencé par réfléchir… Qui a fait ça ? Quelqu’un était quand même bien venu la déposer dans le champ… Mais qui ?

Puis, pour la première fois de ma vie, il m’arriva une chose fort étrange… Comme si une voix avait parlé derrière ma tête… Et je sus ! Je ne peux pas mieux dire : je sus ! Un nom s’était imposé, je le prononçai à haute voix : « Alain Lecomte ».

Rien ne me permettait d’accuser ce type… Mais j’étais sûr que c’était lui, il n’y avait pas le moindre doute !

Le lendemain, quand les gendarmes sont venus me chercher, je leur fis part de mes impressions. Ils ont commencé par rire : « Cette grosse lavette toute molle ! », Puis ils se sont fâchés, estimant que puisque ça ne pouvait pas être lui, je profitais de la situation pour régler mes comptes, et que donc, en définitif, j’étais un sale type !

Mais deux ans plus tard, je suis au tribunal… « Par hasard » (Ils avaient trouvé du cannabis chez moi) Le sieur Lecomte était aux premières loges ! 

Il a expliqué très calmement, que pour sa part, il avait passé toute la soirée en compagnie de sa mère dans la cuisine… Tandis que Mireille se shootait dans sa chambre (sans qu’il n’en sache rien) Après quoi, il est monté et a trouvé la fille… qui n’allait pas bien. Il a voulu la ramener chez elle, et sur le parcours, elle a glissé. C’est là qu’il s’est rendu compte qu’elle était morte. Comme il ne voulait pas avoir d’histoire, il est allé la déposer dans le champ et ciao !

Le juge :         Et qu’est-ce que vous avez fait ensuite ? Vous être rentré chez vous ?

Lecomte :       oui.

-                     Mais qu’est-ce que vous avez fait ?

-                     Je me suis couché…

Le juge se soulève de quelques centimètres… Dans la salle d’audience, pleine à craquer, règne un silence de mort.

-                     Et vous avez su dormir ?!

Et le brave gars-là, mal à l’aise mais seulement à cause du tergal de son pantalon : « Vous savez, à l’époque, je buvais comme un trou ; je bouffais des médocs et j’me shootais comme une bête… sans problème ! »

 

Six mois pour ce brave homme : Non-assistance à personne en danger. Et comme il avait déjà fait son temps en préventive, il fut libéré le jour même.

Pour ma part, il aurait pris perpète : homicide volontaire avec les circonstances aggravantes de la préméditation.

Cela, car j’en demeure convaincu, la petite a été froidement assassinée.

Et pourquoi ? Telle est la question que je me suis posée durant toutes ces années… (De 84 à 2002, lorsqu’enfin je trouvai la réponse)

Pourquoi un être aussi repoussant que cet espèce de gnome répugnant assassinerait-il la seule personne —au demeurant fort jolie— qui ne lui disait pas non ? (Ou plus exactement, mal comme elle était, qui devait s’allonger pour un shoot) Pourquoi ?

Une chose d’emblée semblait suspecte : Elle est morte la veille du jour où elle devait rencontrer le juge d’instruction à propos du meurtre du docteur Michel Delescaille survenu peu de temps avant (Car ils se connaissaient très bien : Michel n’était pas que son médecin mais également son confident… Un vrai père de substitution pour une fille comme Mireille…)

Le fait qu’elle soit morte plus de 2 mois après Michel et qu’elle ne rencontre le juge d’instruction qu’alors, s’explique par le fait que pendant ce temps-là, elle était en cure de désintoxication (grâce à l’intervention de Michel…)

Pour moi, elle est morte parce qu’étant chez Alain Lecomte, elle a vu ou entendu des choses prouvant que le frère d’Alain Lecomte faisait bien partie de la bande.

Autre chose (mais j’ai beau fouiller ma mémoire, je ne me rappelle plus comment je sais ce point précis sauf que je sais la source sûre… Je l’ai lu dans le journal ou quelque chose dans le genre) Autre chose donc, est cette bagarre dans un café de Court-St-Etienne −notifiée sur procès-verbal− entre le sieur Lecomte, toujours lui, et le dénommé Paul Latinus (chef d’un groupuscule nazi, le « WNP ») que l’on retrouva peu de temps après, pendu chez lui...

C’est tout ce que j’ai su pendant 17 ans. Et vraiment, je n’arrivais pas à y voir clair !

 

*

Puis, en 2002, traînant dans les bistrots de Liège, je rencontre un type que je n’avais plus vu depuis cette époque ; alors on se retrouve, on picole et on cause… 

Comment ? Je ne sais plus, mais voilà qu’on en vient à parler des tueries du Brabant.

Le type me fait un grand sourire et dit : « Tu ne crois pas que le géant des tueurs du Brabant, c’est Lecomte ? » Je tombe des nues !

« Alain Lecomte : géant des tueurs ! Tu rigoles ! Shooter une femme déjà dans les vapes, OK ! Se battre avec un naze complètement poivrot, soit… Mais tirer froidement dans les gens à la mitraillette… ça, je ne crois pas, non ! »

Le type me regarde comme si je débarquais de la planète mars :

« Mais non, con ! Pas Alain : son frère ! »

« Comment ça « son frère » ? Alain Lecomte a un frère ? »

« Et comment ! »

C’est donc par l’intermédiaire de cet anonyme que je sais ce qui suit :

Le frère Lecomte a commencé sa carrière à la gendarmerie (Je le précise non par pour dire que tous les gendarmes sont des crapules et que par conséquent il avait les capacités morales pour faire l’affaire –non, j’ai du respect pour ces gens courageux…– mais je le dis tout simplement parce qu’il est reconnu que ces tueurs-là avaient au minimum, une formation paramilitaire…)

Au bout d’un moment, il donne sa démission… (Il n’avait peut-être pas la vocation, tout simplement… c’est possible…)

Puis, peu après ces différents décès, tout ce petit monde (la mère et les deux fils) change de région ; ils quittent le Brabant Wallon, pour s’installer à Liège où ils ouvrent « plusieurs » (je suppose donc au moins deux) restaurants fats Food, genre Mac Do (Ils ont peut-être gagné au Lotto ou fait un héritage, ce qui est toujours possible aussi…)

Enfin, toujours d’après mon indicateur, ce frère Lecomte pourrait fort bien coller avec le portrait-robot du géant.

Voilà tout ce que je sais… concernant ces gens-là.

En tant que voyant, spécialisé dans les affaires criminelles, il ne fait pour moi aucun doute que ce type est bien le géant de la bande des TBW.

En faisant des recherches pendant des heures sur internet, j’ai finalement trouvé le PV ci-dessous :  


 


 


 

Plein de choses intéressantes dans ce P.V. :

Tout d’abord le PV est en deux étapes. Lors de la première audition, il dit qu’il s’est contenté d’empoigner Latinus après quoi il a quitté le café… (Déjà, ça, ça m’étonne : je ne sais plus comment je savais pour cette histoire de bagarre… Mais je pense que je l’avais lu dans le journal… Et je doute que le journal eut fait un article pour une simple empoignade… D’après mes souvenirs, il lui a massacré la gueule !) 

(Il dit aussi que le problème était que Latinus disait de lui que c’était un drogué… Sauf que cela était de notoriété publique ! S’il avait dû se battre avec tous ceux qui dénonçaient son assiduité à la drogue, il aurait dû se battre avec quiconque le connaissait !)

Puis sans doute que les policiers vérifient et reviennent en lui posant des questions précises… Là, il parle de trois individus qui interviennent… (En contradiction donc avec sa première version où il dit avoir simplement quitté le café) À la question des policiers, il répond qu’il n’a pas remarqué si les types étaient en tenue militaire ou habillés de la même façon… (Comme quoi, pour des gros lourds comme ces deux-là, ils étaient quand même sur une piste proche de la vérité…) Enfin, A.L. met en cause le patron de la Rive Blanche… Il devait être bien acculé pour ainsi parler de ce type qui n’a rien à voir avec ça… Mais pourquoi les flics lui ont parlé d’un certain « Bert » ça je l’ignore.

Il dit aussi cette chose excessivement troublante : « Vous me demandez si je suis au courant que Mireille Cracco et Paul Latinus se connaissaient » Donc en plus Mireille connaissait Latinus ! (Chose que j’ignorais !) 

« Je ne sais faire aucune liaison entre Latinus, Delescaille et Mirelle Cracco et je n’en vois d’ailleurs aucune »… Non, hein ! Quelle idée !

 

 

Les commanditaires

 

Paul Latinus

 

Latinus était un être faible… et alcoolique (la nuit de sa mort, il avait 1,7gr d’alcool dans le sang !) Il était en couple avec une femme également alcoolique, bruyante et exubérante… Soit tout le contraire des profils recherchés.

Il se vantait partout d’être un agent secret traquant les agents Soviétiques !

Le seul véritable dossier qui était en sa possession, était le dossier Pinon (Soit le plan « ballet rose »… incriminant des personnalités ayant participé à des orgies… Il se peut que ce soit vrai… je ne conteste pas ça. Mais ça n’avait aucun rapport avec les TBW… Si ce n’est en tant que leurre, pour faire perdre du temps et de l’énergie et surtout pour éloigner les enquêteurs du WNP) Sa bonne-femme le lui avait d’ailleurs soustrait à un moment donné et le montrait à tout le monde ! Elle l’avait même confié au patron de bistrot (celui-là même de l’annexe 2/1)

[En annexe 2, et histoire d’être complet, je présente l’individu tel que la S.E voulait qu’on le perçoive…]

Ce n’est que tout à la fin qu’il a compris de quoi il retournait… Et en deux temps : D’abord, il a compris que les TBW étaient bien des membres du WNP (sans doute à partir de la bagarre avec Alain Lecomte) et sous la direction de la Sûreté de l’État : Première pièce de l’annexe 2/1 :  « La semaine précédant la mort de Latinus celui-ci m’avait parlé d’une affaire concernant le directeur de la sûreté. Il m’a dit qu’il avait des preuves de la haute-trahison de cette personne et qu’il allait l’envoyer aux assises… » 

Et enfin, tout à la fin, il a compris qu’il était le gros pigeon de l’affaire et que toutes les pseudos-missions qu’on lui avait confiées n’avaient qu’un seul but : lui faire porter le chapeau. (Voir la seconde pièce de l’annexe 2/2)

Concernant Paul Latinus, Je dis simplement ceci : Je ne connais pas les conclusions de René Haquin concernant le WNP… Mais après examen de certaines choses (comme la personnalité de Latinus et des P.V de personnes qui l’ont côtoyé peu avant sa mort…) pour moi, il est clair que ce monsieur (et sa position en tant que chef du WNP) est un leurre. Au pire, pour lui faire porter le chapeau et au moins pour faire perdre du temps et de l’énergie aux enquêteurs, qu’ils soient policiers ou journalistes. Tous les éléments que j’ai pu trouver vont dans ce sens… Ceci notamment : 

 

Marnette fut également mis sur la sellette au sujet du document manuscrit de la mère de Latinus, qui mentionnait : « Georges recherche le dossier Pinon pour la détruire. Il a reçu des ordres. (207) Marnette prétendit d'abord que pour lui c'était totalement nouveau. Confronté au fait qu'il avait déjà fait une déposition à ce sujet à Charleroi, il rejeta résolument le contenu du document (20S) :

 

« Je ne comprends pas cet écrit. Ensuite, je n'ai pas le souvenir que la maman de Latinus m'ait jamais appelé Georges. Enfin, je n'ai jamais reçu mission de détruire un dossier Pinon (...) Il était hors de question, pour Marnette, de rechercher le dossier Pinon pour le détruire. C'est une erreur. (...) J'ai interrogé Van Houtvinck qui m'a dit qu'elle avait brûlé ce document et que peut-être, le patron du bistrot en disposait. J'ai demandé un mandat de perquisition et me suis rendu sur place. Les gens avaient disparu, ils étaient en Espagne. J'ai rentré mon P.V. et je n'ai plus eu de nouvelles. Pour moi, j'ai donc fait la démonstration que je voulais ce dossier Pinon. »

Le juge d'instruction Schlicker a confirmé qu'une enquête a bien été faite au sujet de la possession par Latinus du dossier « Pinon », «mais ces dossiers n'ont jamais été retrouvés chez Latinus ». (209)

De même l'avocat général Morlet, qui à la vérité émit des réserves dues au fait que, dans le cadre du groupe de travail de trois avocats généraux, constitué par le ministre, il ne s'était pas encore penché sur le dossier « Pinon », signala néanmoins (210) :

« En tout cas, à travers l'affaire de la mort de Latinus et l'affaire Pinon à proprement parler et dont j'ai eu connaissance, je ne vois pas quels sont les éléments, si ce n'est par une filière extrêmement complexe de chantage ou de mise en cause de personnalités politiques. Mais là, on entre dans le domaine des hypothèses. »

 

Source

 

WNP / Sûreté de l’État / Jean Deprêtre

 

 

Première pièce de l’annexe 2/1 : « La semaine précédant la mort de Latinus celui-ci m’avait parlé d’une affaire concernant le directeur de la sûreté. Il m’a dit qu’il avait des preuves de la haute-trahison de cette personne et qu’il allait l’envoyer aux assises… » 

 

(…) L'alerte générale ayant été donnée par les forces de l'ordre, les braqueurs furent retrouvés par deux gendarmes de la BSR dans une allée de la forêt de Soignes.  Là survint une nouvelle fusillade au cours de laquelle les deux gendarmes furent sérieusement touchés et laissés pour morts.

Rescapés par miracle, les deux gendarmes, Roland Campine et Bernard Sartillot, déclareront ultérieurement avoir eu l'impression d'affronter des collègues, faisant référence à la façon de dégainer et de tirer des gangsters. (…) » (Source)

 

« Les déclarations de M. Cocu : « En 1983, M. Cocu a déclaré à plusieurs reprises lors d’interrogatoires : « Quand vous arriverez plus haut, on vous dira d’arrêter l’enquête… » (Voir Annexe 4 (P.25) : Audition de M. Dussart ancien adjudant-chef de la BSR de Wavre)

 

« (…) Toutefois, le témoin apprendra par la suite qu’un officier supérieur de la gendarmerie s’est emparé d’une liste de policiers, de militaires et de gendarmes membre du WNP rédigée par deux membres de la BSR de Bruxelles. (…)

 

(…) Les membres du WNP et notamment Karel de Lombaerd, interrogés par le témoin ont déclaré que Christian Smets, commissaire de la Sûreté de l’État, avait tué Latinus avec Jean-François Calmette. (…) » (Voir Annexe 4 (P.25) : Audition de M. Dussart ancien adjudant-chef de la BSR de Wavre)

 

Je ne vais pas recopier les 7 pages de l’annexe 4 mais chaque mot a sa valeur et on comprend très clairement l’implication du WNP, selon toute vraisemblance : création de la Sûreté de l’Etat et en tout cas, qu’après élimination de leur pseudo-chef Latinus ces gens furent protégés tant par la SE que la hiérarchie de la gendarmerie avec la complicité du Procureur du Roi Jean Deprêtre.

 

[Jean Deprêtre qui, non content d'avoir bloqué le juge d'instruction Schlicker, il lui aurait même fini par dire (dixit madame Schlicker) que s’il tenait tant à cette piste de l'extrême droite, c'était parce qu'il était d'origine juive ! (Si ça ce n'est pas une preuve comme quoi ce mec est un nazi convaincu, alors qu'est-ce qu'il vous faut ?!)]

 

[Á sa décharge, il est à noter que si le juge Schlicker a accepté de collaborer, c’est suite à de graves menaces : voir le paragraphe « Enquête sur l’extrême-droite » (annexe 4)]

 

Voici les arguments majeurs de Jean Deprêtre pour dire que cette histoire est liée au grand banditisme (annexe 5) : 

« Que pensez-vous des derniers développements de l’enquête, et surtout des perquisitions menées en février dans la mouvance d’extrême-droite ? Selon moi, l’extrême-droite n’a rien à voir dans ces faits. Et quand j’ai entendu qu’on avait perquisitionné chez Albert Raes, l’ancien patron de la Sûreté de l’État, j’ai trouvé cela du plus haut ridicule ! Pour moi, les tueurs n’ont aucun mobile politique, ce sont des prédateurs. C’est ma conviction depuis 30 ans !  Je vais plus loin : les auteurs sont sans doute des gens de Braine-l’Alleud. Prenez une carte de Belgique et pointez tous les lieux des faits et les déplacements des auteurs. Tout converge vers Braine-l’Alleud. Je suis aussi persuadé que le chauffeur de la bande, pilote très rapide, connaissait parfaitement la région et ses petites routes. À l’époque, il n’y avait pas de GPS !

Tout de même, les braquages ont fait 28 morts ! Difficile de croire à de vulgaires voleurs tout de même ? Pourquoi écartez-vous la piste de l’extrême-droite ? Les enquêteurs ont déjà fouillé toutes ces pistes et n’ont absolument rien trouvé. Les tueurs n’ont rien à voir avec l’extrême-droite, ou avec Bouhouche et Beijer, avec la CIA, les syndicats américains en guerre contre Delhaize ou l’affaire des ballets roses où même mon propre nom a été cité ! Tout cela, c’est du vent, zéro ! Pour moi, les tueurs sont des prédateurs, des gens très violents capables de tuer pour emporter la caisse d’un supermarché. La plupart des attaques ont été commises en fin de semaine, dans des grandes surfaces vers 19-20 heures, au moment où il y a le plus d’argent dans les caisses ! (Le montant total du butin des braquages est effectivement de plus de 6 millions de FB de l’époque, ndlr) Ils volent aussi de l’alcool, sans doute pour faire la fête ensuite. Vous croyez que des terroristes ou je ne sais qui d’autre agiraient de la sorte ? »

 

Vous avez bien lu son argument majeur, hein !  « Ils volent aussi de l’alcool, sans doute pour faire la fête ensuite. Vous croyez que des terroristes ou je ne sais qui d’autre agiraient de la sorte ? »

Moi aussi je prends ce braquage à témoin (un casse à Nivelles, en 1982) mais pour démontrer exactement le contraire : En effet, s’il y a des points communs entre le grand banditisme et ce que nous appelons la « thèse atlantiste » c’est par exemple les techniques militaires… Au reste, ce qui fait la différence, c’est l’objectif (le butin) dans le braquage évoqué par Deprêtre, ces gens ont braqué pour du café, de l’huile et de l’alcool… Vous imaginez Patrick Haemers braquer pour une tasse de café et un verre de vodka ?!!! Qui plus est, autre différence : les grands bandits chronomètrent leurs actions (Or ici, ils attendent les forces de l’ordre afin d’en découdre avec eux) et troisième différence : ils essayent de faire le moins de victime possible (Non par grandeur d’âme, mais tout simplement parce que plus il y a de victimes, plus les enquêteurs sont nombreux et travaillent à l’enquête…) Ici, ils ne volent quasiment rien… Ils attendent pour en découdre avec les forces de l’ordre… Et les gendarmes qui s’en sortent miraculeusement, déclareront avoir eu la nette impression de se trouver face à des collègues… 

Mais Deprêtre dit : « Ils volent aussi de l’alcool, sans doute pour faire la fête ensuite. Vous croyez que des terroristes ou je ne sais qui d’autre agiraient de la sorte ? » Argument majeur, n’est-il pas !

 

 

Épilogue

 

Pour moi donc, 100% de ces tueurs-là étaient gendarmes ou militaires, sous la direction de la Sûreté de l’État (Voire en concertation avec la CIA) et sous la protection de certains magistrats (au moins Jean Deprêtre)…

 

Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est ceci : Je suis convaincu du fait que ces gens étaient tout sauf fous (Sauf bien-sûr si l’on considère l’adhésion à l’extrême-droite comme étant une forme de folie…)  Pour moi, ces gens étaient endoctrinés… Ils devaient être persuadés que le risque était grand de voir le pays envahi par l’URSS… Et donc s’ils ont agi comme ils le firent, c’était mû par le sens du devoir : Le but du « jeu » était de transformer le pays en un état très policier… Seule solution, selon eux, pour échapper au péril communiste. Après tout, les Alliés, avant de nous libérer en 1944 du joug nazi, ont commencé par copieusement bombarder l’Europe et ce faisant ont fait combien de dizaines de milliers de victimes ?!! Alors s’il fallait sacrifier 30 personnes pour sauver la situation… ce n’était pas cher payé du tout !

 

        

Annexe 1 : Concernant des seconds couteaux ayant joués des rôles annexes (et/ou servis également de leurres aux TBW) 

BOUHOUCHE, BEIJER, AMORY ET LEURS ANCIENS COLLEGUES UNE HISTOIRE

DE "STARSKY ET HUTCH"

VAN DAMME, GUIDO

Vendredi 30 septembre 1994

Bouhouche, Beijer, Amory et leurs anciens collègues

Une histoire de Starsky et Hutch

Pierre et Christian, une histoire policière qui aurait pu entrer dans la fameuse série des «Starsky et Hutch». Deux gendarmes montois. Lui, Christian Amory, se trouve aujourd'hui dans le box des accusés. Son camarade Pierre Beduwe est venu témoigner pour lui. Le dévouement à toute épreuve, la solidarité totale, des nuits de travail policier passées ensemble. Et puis, un jour de novembre 1987, alors qu'ils sont dans le même bureau, Chritian reçoit un coup de fil mystérieux.

-                     Christian est devenu blême. Il m'a dit: «C'est la femme de Bouhouche (en prison déjà) qui me demande de l'aider à évacuer des armes chaudes qui se trouvent dans un box de l'avenue Louise, un garage situé à droite quand on vient du bois, et une porte de telle couleur, avec trois serrures». Pierre a le bon reflexe: il entraîne immédiatement son coéquipier dans le bureau voisin occupé par le nouvel adjudant venu de Bruxelles, Willy Wautelet, un ami de Goffinon, l'adjudant pape de l'enquête. Reste à savoir, aujourd'hui, si Christian aurait réagi aussi promptement si son collègue n'avait pas été à ses côtés.

Style moins romanesque dans la déposition d'Alain Étienne, homme de la P.J. qui fait partie du service d'enquête du contrôle des polices. Il a perquisitionné un jour chez Robert Beijer, dans une affaire de concussion de fonctionnaire.

-                     Je l'avais convoqué en nos bureaux. Je lui montre un mandat de perquisition du juge Pignolet. Nous allons chez lui.

Beijer enchaîne: Je lui ai dit que j'allais d'abord écarter mon chien méchant. Puis je lui ai claqué la porte au nez. J'ai fait jouer la «Neuvième» de Beethoven sur mon électrophone pour qu'il n'entende rien de ce qui se passait chez moi.

 

Étienne continue: Il nous a fait attendre une heure devant sa porte blindée. Quand nous sommes entrés, des documents avaient été brûlés dans le feu ouvert.

 

Beijer épilogue: J'ai senti le canon froid d'une arme dans ma nuque... Et Beijer tentera de détruire des disquettes, qui seront récupérées et serviront beaucoup par la suite. Jeudi après-midi, c'est le passé qui est revenu au galop, avec le témoin Jacques Rousseau, un indépendant... qui fut capitaine de gendarmerie et chef de la brigade wavrienne avant d'être le triste héros d'une affaire d'extorsion qui l'éloignera du corps d'élite. Rappelons que ce capitaine Rousseau fut celui qui, dans l'assassinat du docteur Michel Delescaille, sauvera une jeune étudiante d'une erreur judiciaire en adoptant une procédure qui était assez particulière. Un homme qui vivait dangereusement et qui vient dire à la barre que, sans les informations de Robert Beijer, l'enquête n'aurait jamais connu un tel essor. - Aujourd'hui encore, j'ai la conviction que Beijer voulait aider la justice et se démarquer de Madani Bouhouche. Il m'a confirmé à plusieurs reprises qu'il collaborait avec la Sureté. Avant 1987... (GUIDO VAN DAMME) Annexe 2 : Concernant la « création » de Latinus par la C.I.A, repris par la Sûreté de l’État, en vue d’en faire un bouc émissaire parfait.

 

1)       En 1977, Latinus Paul aurait été recruté par le Public information office (PIO) de Bougerol...

2)       Bougerol était un ami proche de Emile Lecerf (Front de la Jeunesse)

3)       Lecerf était un des antennes belges de l'Aginter Press (!) et cofondateur du Comité Hongrie, donc proche de Töttösy, Dessart, de Stankovich, Mercier et, très intéressant,

Damman

4)       Damman était membre du WACL, ABN, Cercle des Nations, le diregeant du AESP et un proche de Van Kerkhoven, Van Wijck et la mouvance von Habsburg/Opus

 

CIA + Otan + Opus = anticommunisme > Gladio > Aginter Press (volet terrorisme) +

AESP (volet finance/politique) > Cercle des Nations + CEPIC + Comité Hongrie + PIO + BROC + ... = niveau Belge > WNP (groupe d'action) > ... 

(Lien - Procès Bouhouche-Beijer)

 

Article « ResistanceS », extrait :

« Ce personnage énigmatique en connaissait un fameux bout sur les coulisses des affaires politico-judiciaires belges. Mais, le 24 avril 1985, officiellement, il se suicida à Court-Saint-Etienne, dans le Brabant wallon. A l’époque où des opérations de subversion déstabilisaient la Belgique et d’autres "disparitions" étranges furent ou seront signalées. En effet, des individus liés aux mêmes milieux politiques (et certains aux mêmes dossiers) avaient déjà auparavant été assassinés (comme par exemple José Vanden Eynden ou le taximan Constantin Angelou). Quelques mois après le suicide de Paul Latinus, le 7 janvier 1986, c’est l’ingénieur commercial de la FN Juan Mendez qui sera liquidé... sans doute parce que lui aussi en savait trop, comme le rappelait Sergio Carrozzo dans « Avancées » du mois janvier 2000.

Maintenant encore, des enquêteurs se posent toujours la question de savoir si ces disparitions sont à mettre à l’actif des tueurs du Brabant. En tout cas, Paul Latinus et Juan Mendez avaient des connaissances communes apparaissant dans le dossier des tueries du Brabant. Il est évident que Latinus est l’une des pièces les plus intéressantes du puzzle pour essayer de comprendre les mystères politico-judiciaires des années quatre-vingt. Et notamment, les connexions entre l’extrême droite, la droite classique et des services secrets belges et étrangers.  

... agent américain ?

 

Paul Latinus connaissait beaucoup de monde. Surtout ceux gravitant autour de milieux politico-financiers louches, de services parallèles (belges comme étrangers) et du dossier des tueries du Brabant. Paul Latinus affirmait aussi détenir le « dossier Pinon » (volet "ballets roses" des enquêtes sur les tueries du Brabant).

Le journaliste René Haquin écrira dans son livre sur le WNP que Latinus lui avait déclaré: « J’ai été recruté en 1967, à l’âge de 17 ans, par une organisation étrangère dont le but est de lutter par tous les moyens contre le communisme soviétique. J’ai été initié en 1973 au contre-espionnage et aux techniques de renseignement par un officier OTAN, à Tongres, pendant mon service militaire. En 1977 (...), j’ai reçu ordre, par l’organisation à laquelle j’appartiens (...), de m’introduire dans la sphère du Front de la jeunesse (...). Ma nouvelle mission, en 1980, fut alors de créer en Belgique un groupe revanchard nazi calqué sur la Waffen-SS (ndlr: c’est-à-dire le WNP) ».

Par la suite, au cours d’une instruction judiciaire dont il était l’objet, Latinus désignera cette organisation étrangère: il s’agissait de la Défense intelligence agency (DIA), l’équivalent militaire de la CIA (2).

 

 

Tueur du Brabant ?

 

Le 21 septembre 1998, le quotidien « La Lanterne » nous apprenait que la cellule d’enquête sur les tueries avait ordonné de déterrer la dépouille de Paul Latinus. L’objectif était d’extraire des ADN de l’ex-chef du WNP afin de les comparer avec des indices récupérés sur divers lieux des tueries du Brabant. 

A notre connaissance, les résultats de ces tests n’ont toujours pas été communiqués. A cette occasion, Georges Marnette, l’ancien patron du GRB (Groupe de répression du banditisme), qui avait bien connu Paul Latinus, déclara le 22 septembre de la même année à « La Dernière Heure » qu’il ne voyait pas en Latinus un tueur, mais qu’il était fort probable que ce dernier détenait d’importantes informations sur les carnages des années quatre-vingt. Une chose est sûre, près de quinze ans après sa mort, Paul Latinus reste l’une des énigmes importantes des années de plomb.

Notes

                                                                                                                                                      :  

(1)              Au sujet de l’« Opération Condor » : lire l’excellente enquête publiée dans l’hebdomadaire français « Marianne », du 28 décembre 1998. 

(2)              L’utilisation de l’extrême droite est l’une des traditions des services secrets occidentaux en général, de ceux des Etats-Unis en particulier. En Italie, par exemple, c’est le groupe Ordre nouveau qui fut infiltré par la CIA afin qu’il participe à la stratégie de la tension. L’idée que Latinus aurait bel et bien été un agent américain n’est donc pas du tout à exclure. Il faudrait peut-être que les enquêteurs chargés du dossier des tueries du Brabant posent la question aux autorités de Washington. »

 

Article complet

 

 

Annexe 2/1 : Témoignages de personnes ayant côtoyé Latinus avant sa mort 

 


Annexe 2/2 :

 

(Les Gurdal étaient réputés pour être des gens excessivement dangereux… Mais Latinus savait alors que même un Willy Gurdal ne serait pas en mesure de le protéger contre les tueurs de la S.E)

 

Annexe 3 : Portrait d’Albert Raes par René Haquin

Raes, le patron de la Sûreté, sort de son mutisme

 

HAQUIN,RENE

 

Lundi 19 juin 1989

 

Raes, le patron de la Sûreté, sort de son mutisme

 

mais ses réponses ne font pas tomber le rideau...

 

Les premiers articles publiés en septembre et en octobre 1983 par Le Soir, qui révélèrent l'existence du Westland New Post de Paul Latinus, les vols de telex à l'armée et l'emprunt de documents aux Affaires étrangères, mais surtout les «cours» donnés par le commissaire Smets de la Sûreté aux élèves du WNP, ont hypothéqué la confiance dans cette administration. Ni les explications fournies depuis 1983 par le ministre Gol ni celles données sous serment lors de la comparution du responsable et d'agents de la Sûreté au procès du double assassinat de la rue de la Pastorale en 1987, puis au procès de la filière boraine à Mons en 1988, n'ont levé l'hypothèque. Au contraire. Aux accusations lancées par les extrémistes du WNP se sont ajoutées la plainte de Benoît de Bonvoisin que le parquet aurait voulu classer mais que la cour d'appel a remise à l'instruction, puis les accusations de l'ancien gendarme Robert Beijer arrêté l'an dernier dans le cadre du dossier Mendez, enfin les récentes critiques du doyen des juges d'instruction de Bruxelles, Francine Lyna.

 

Maintenant qu'avec l'accord du ministre Melchior Wathelet il s'est décidé à parler, après sa comparution devant la commission parlementaire d'enquête sur le banditisme et le terrorisme, l'administrateur-directeur général de la Sûreté publique, Albert Raes, reste pourtant insaisissable. Il a choisi de donner sept interviews. La dernière était pour nous, avec des questions pointues auxquelles il n'avait pas encore répondu, ou qu'il avait esquivées.

 

Début octobre 1983, nous avions rencontré discrètement le patron de la Sûreté. Il connaissait nos premiers articles sur le WNP et nous avait remercié d'être jusque-là resté discret sur les accusations portées par Latinus et d'autres contre la Sûreté. C'était donc l'objet de notre rencontre. Dès le lendemain paraissait dans Le Soir le premier d'une série ininterrompue d'articles soulevant toujours ces mêmes questions. Depuis, le secret dont s'entoure l'administrateur-directeur général de la Sûreté publique Albert Raes (on se souvient de sa discrétion très remarquée sur la place de Mons en avril 1988) n'a certes pas contribué à clarifier les choses.

 

Je ne suis pas un homme secret, dit-il, mais je suis aussi discret que possible. Pas seulement à cause de certaines missions qui demandent la discrétion, mais parce qu'il est inutile pour ceux que je rencontre d'être vus avec l'administrateur de la Sûreté. J'ai été trop secret? Vous avez peut-être raison. J'ai sur ce point plaidé coupable auprès de mon ministre. Mais je demande l'indulgence: je suis aussi entre l'enclume, l'obligation de réserve, et le marteau, les attaques de personnes qui savaient que la Sûreté ne réagirait pas. Je n'ai pas réagi en temps utile. Je m'en réfère au prophète Isaïe qui disait: «Je n'ai pas protégé mon visage des outrages et du crachat, je garderai un visage de pierre, je ne serai pas confondu». Isaïe, chapitre 30, verset 5...

Beijer et les garages

Allusion directe notamment à l'ancien gendarme Robert Beijer, qui a accusé des hommes de la Sûreté, dont Albert Raes en personne, d'avoir utilisé l'agence de détectives ARI, de Beijer et Bouhouche, pour certaines missions troubles autour d'un réseau de garages et de flats loués depuis des années à Bruxelles, et qui touchent aux vols des armes de la gendarmerie en 1981 et peut-être aux tueries du Brabant.

 

En 1988, il y eut un communiqué du ministre de la Justice, basé sur des déclarations signées de mes collaborateurs jurant n'avoir pas loué de garages. C'était catégorique. J'aurais peut-être dû donner un peu plus d'explications. En 1988, M. Beijer- citait des noms. A la télévision, récemment, M. Beijer a dit qu'il n'a jamais été question de payement de la part de la Sûreté, il ne cite plus de noms, plus même le mien, il ne parle plus que de contacts avec deux «représentants» de la Sûreté. Nous avons entrepris des recherches pour découvrir de qui il peut s'agir. Pour moi, c'est une affaire vulgaire et subalterne.

Contacté samedi, Beijer dit ne rien retirer à ses premières accusations et affirme les avoir répétées et avoir cité des noms au juge d'instruction. Il avait rencontré des fonctionnaires de la Sûreté et de l'office des étrangers au temps où il était gendarme. Selon nos informations également, Beijer, il y a une dizaine d'années, en réponse à une annonce cherchant des collaborateurs pour une agence de renseignements (on nous affirme que cette annonce était placée par la Sûreté), avait envoyé sa candidature, signalant qu'il était gendarme à la BSR. Sur ce point, Beijer dit ne pas s'en souvenir : J'ignore tout de ceci. Ça m'étonnerait fort. Je n'ai pas connaissance qu'on ait jamais employé cette méthode. De plus, mes collaborateurs ne sont pas autorisés à faire appel à des membres de services de police comme informateurs, parce que nous avons des relations officielles avec les responsables de ces services.

 

Campagnes orchestrées?

Tout au long de ces années, aux questions que se posaient certains médias sur la Sûreté, d'autres articles de presse prenaient votre défense, comme s'ils participaient à une campagne orchestrée. Tout récemment encore, on a lu dans deux journaux des interviews anonymes d'agents X... et Y... de la Sûreté blanchissant le service et lançant des accusations (parfois fausses) contre la gendarmerie.

 

Je n'oserais pas appeler cela des contre-articles. Il est normal que des journalistes défendent des thèses opposées. Je ne sais pas qui est X... Un collectif d'agents? C'est une hypothèse parmi d'autres. Nous nous intéressons à la manière dont certaines informations ont été transmises à la presse, sans autorisation des supérieurs. Peut-être les agents X... et Y... sont-ils les mêmes...

La série d'interviews données ces deux semaines par Albert Raes, l'homme qui devait rester discret, signifierait-elle qu'il s'apprête à changer de chapeau, à quitter la Sûreté? Il y a trois ou quatre ans que mes supérieurs me conseillaient d'expliquer un peu plus l'action, les moyens, les défaites du service. Je regrette de n'avoir pas rencontré plus tôt certains chroniqueurs judiciaires bien informés pour leur donner un peu plus d'explications. Ça se fera peut-être un peu plus par la suite.

 

Jusqu'ici, le contrôle sur la Sûreté se réduisait au contrôle exercé par le ministre sur cette administration, via l'administrateur général. Un projet de loi se prépare, on le sait, pour instituer un contrôle plus efficace sur la Sûreté.

 

Il y avait des contrôles extérieurs, celui du pouvoir judiciaire, de l'administration de la Justice, de l'inspection des Finances, de la Cour des comptes, et un contrôle intérieur par la hiérarchie. Nous sommes également demandeurs d'un contrôle extérieur de la part du pouvoir législatif, comme aux Pays-Bas, en Allemagne et en Italie. On a parlé de fonds spéciaux, alimentés notamment par de l'argent donné par certaines personnalités étrangères lors de voyages dont la Sûreté assurait la protection. C'est une fable. Ça n'existe pas. Les fonds spéciaux sont purement belges.

 

Il a été question de relations difficiles entre le chef de la Sûreté et certains services de renseignements étrangers, notamment ceux des Etats-Unis.

 

J'ai dit à la commission que, de temps à autre, j'avais été amené à rappeler à plusieurs services correspondants, pas seulement des Etats-Unis, que j'espérais qu'ils respecteraient la souveraineté belge. Mais ce n'était pas très important.

 

Menti au Premier?

En 1979, lors du recrutement de mercenaires dans la région liégeoise pour prendre part à une opération de déstabilisation au Zaïre, lancée du Rwanda, ces mercenaires étaient encadrés par des hommes de la PJ et de la Sûreté. A la base de ce recrutement se trouvait M. Monguya, qui aurait reçu à l'époque une protection de la Sûreté, donnée personnellement par Albert Raes.

Je n'ai jamais donné une protection personnelle ou autre à un seul Africain, sauf à des personnalités. Nous avons eu des difficultés pour suivre ce mouvement. Le gouvernement nous avait demandé des renseignements qu'on a réussi à avoir. Vous savez, on parle facilement de la Sûreté, mais ce ne sont pas toujours nos agents. Certains se font passer pour des membres de la Sûreté.

 

Paul Vanden Boeynants était Premier ministre intérimaire. Il nous jura à l'époque n'avoir reçu aucune information à ce sujet et en fit le reproche à Albert Raes. Comme il lui reproche aussi d'avoir menti, en 1978, quand la Sûreté fit état de l'existence d'un dossier sur le colonel De Vlieghere au moment où le gouvernement devait se prononcer sur sa candidature, appuyée par André Cools, au poste d'administrateur adjoint à la Sûreté. Plusieurs personnalités de l'époque le confirment. Vérification faite par M. Van Elslande, ministre de la Justice, il n'y avait aucun dossier. Certains affirment que M. Raes avait «inventé» ce dossier pour aider le CVP à écarter la candidature de De Vlieghere.

 

Les personnes qui vous ont raconté ces histoires vous ont dit des blagues... Prenons le temps d'une respiration: la suite de cette interview, demain...

RENÉ HAQUIN.

Source : Le Soir, 19 juin 1989

 

Annexe 4 :

 


 

 

 

 

 

Annexe 5

Décès de Jean Deprêtre, le procureur des tueries du Brabant

 

Rédaction en ligne

Mis en ligne mercredi 13 juin 2012, 12h54 

Le Soir magazine l’avait rencontré en mars dernier. Voici la dernière interview d’un homme de caractère. 


       © ROGER MILUTIN 

Le procureur Jean Deprêtre, 76 ans, est décédé mardi soir, à l’hôpital Sainte-Elisabeth, à Bruxelles, avons-nous appris auprès de sa famille. Il a succombé à un cancer.

En tant que procureur du Roi de Nivelles, Jean Deprêtre avait supervisé l’enquête sur les tueries du Brabant de 1983 à 1987. La justice nivelloise avait ensuite été déchargée de l’affaire, reprise à Charleroi. Une décision toujours restée en travers de la gorge du procureur Deprêtre: «Si nous avions pu continuer à travailler, nous aurions sans doute trouvé les auteurs. Au lieu de cela, l’enquête s’est perdue en plein brouillard», avait-il déclaré au Soir magazine, lors d’une dernière interview en mars dernier, dans sa maison de Lillois. Voici la suite de cet entretien-vérité, le testament de Jean Deprêtre sur cette sordide affaire.

«Il ne se passe pas une journée sans que je ne pense à cette affaire», nous avait-il dit d’emblée, entre deux bouffées de Kent. Trente ans précisément après le tout premier fait attribué à la bande des tueurs du Brabant (un vol dans une armurerie de Dinant le 13 mars 1982), le procureur du Roi émérite de Nivelles, Jean Deprêtre, restait hanté par cette énigme judiciaire.

À 76 ans, retraité depuis 2002, Jean Deprêtre voulait toujours connaître la vérité, enrageant que l’on ne cherche pas dans la bonne direction. C’est l’affaire d’une vie, de sa vie. Il nous révélait avoir adressé récemment une longue lettre au procureur du Roi de Charleroi, Christian De Valkeneer (désormais nommé au poste de procureur général de Liège). À l’attention des enquêteurs, il y détaillait le scénario qui lui apparaissait le plus crédible, le plus évident, à savoir les agissements criminels d’une bande de malfrats originaires de Braine-l’Alleud. Et il citait même dans ce document les identités de cinq suspects.

Que pensez-vous des derniers développements de l’enquête, et surtout des perquisitions menées en février dans la mouvance d’extrême-droite? Selon moi, l’extrême-droite n’a rien à voir dans ces faits. Et quand j’ai entendu qu’on avait perquisitionné chez Albert Raes, l’ancien patron de la Sûreté de l’État, j’ai trouvé cela du plus haut ridicule ! Pour moi, les tueurs n’ont aucun mobile politique, ce sont des prédateurs. C’est ma conviction depuis 30 ans! Je vais plus loin: les auteurs sont sans doute des gens de Braine-l’Alleud. Prenez une carte de Belgique et pointez tous les lieux des faits et les déplacements des auteurs. Tout converge vers Braine-l’Alleud. Je suis aussi persuadé que le chauffeur de la bande, pilote très rapide, connaissait parfaitement la région et ses petites routes. À l’époque, il n’y avait pas de GPS !

Tout de même, les braquages ont fait 28 morts! Difficile de croire à de vulgaires voleurs tout de même? Pourquoi écartez-vous la piste de l’extrême-droite? Les enquêteurs ont déjà fouillé toutes ces pistes et n’ont absolument rien trouvé. Les tueurs n’ont rien à voir avec l’extrême-droite, ou avec Bouhouche et Beijer, avec la CIA, les syndicats américains en guerre contre Delhaize ou l’affaire des ballets roses où même mon propre nom a été cité ! Tout cela, c’est du vent, zéro ! Pour moi, les tueurs sont des prédateurs, des gens très violents capables de tuer pour emporter la caisse d’un supermarché. La plupart des attaques ont été commises en fin de semaine, dans des grandes surfaces vers 19-20 heures, au moment où il y a le plus d’argent dans les caisses! (Le montant total du butin des braquages est effectivement de plus de 6 millions de FB de l’époque, ndlr) Ils volent aussi de l’alcool, sans doute pour faire la fête ensuite. Vous croyez que des terroristes ou je ne sais qui d’autre agiraient de la sorte?

Delhaize propose toujours une rançon de 250.000 euros à qui fournira des informations permettant d’identifier les auteurs. Dans l’hypothèse de petits braqueurs, comment expliquez-vous qu’ils n’aient pas été dénoncés? Ces auteurs sont unis et se tiennent. Avec 28 morts sur le dos, ils vont tous se taire!

Une trace ADN a été retrouvée sur une pièce à conviction repêchée à Ronquières. Croyez-vous que les nouvelles techniques d’enquête vont permettre d’élucider le dossier? J’y crois, même s’il n’est pas évident que les auteurs soient déjà fichés dans des banques ADN. À titre personnel, je regrette de ne pas avoir pu bénéficier de telles techniques à mon époque. Je pense aux analyses ADN mais aussi aux écoutes téléphoniques. On aurait sans doute trouvé...

La prescription du dossier interviendra 2015. Pensez-vous qu’on aura identifié les auteurs à cette date? Je l’espère. Et je suis de toute façon favorable à un nouvel allongement du délai de prescription. La ministre de la Justice, Mme Turtelboom, y réfléchit. C’est une excellente idée. Il faut que l’on retrouve et que l’on juge ces tueurs!

Que pensez-vous de la polémique à propos de la profileuse Danièle Zucker, dont le rapport a été considéré par le procureur De Valkeneer comme «proche de l’escroquerie»? Je n’ai jamais rencontré Mme Zucker. Ce que je sais de son travail est plutôt positif. Elle a essayé de faire un rapport correct et, si je suis bien informé, elle rejoint plutôt une thèse assez proche de la mienne, celle de malfrats sans mobile politique.

En 2002, vous aviez le projet d’écrire un livre, vos mémoires. Où en êtes-vous ? Nulle part! J’ai beaucoup de notes, mais un livre, j’hésite. Dire toute la vérité, vous savez, m’obligerait à avoir des mots durs pour certains enquêteurs, magistrats, journalistes… En ai-je encore l’envie ?

Un proche tué au Delhaize de Braine

Jean Deprêtre allume une nouvelle Kent, enfoncé dans un fauteuil de velours posé devant la cheminée, ornée d’une statuette de Sainte-Gertrude, patronne de Nivelles. «Je ne devrais plus fumer. J’ai été opéré l’an passé. Artère bouchée», dit-il, en nous montrant une discrète cicatrice dans le cou. Il va conclure l’entretien: «Même si je suis retraité depuis dix ans, je n’ai jamais cessé de penser à cette affaire des tueurs du Brabant. Peu de gens le savent mais un membre de ma famille côté paternel (Roger Engelbienne, ndlr) a été tué lors de l’attaque du Delhaize de Braine-l’Alleud en 1985. Je pense souvent à toutes ces familles qui attendent une réponse. Et j’enrage en voyant que l’on enquête sur de mauvaises pistes. Il n’est pas trop tard pour découvrir la vérité. Je veux savoir. »