02. Le Réceptif

K'ouen / Le Réceptif
En haut K'ouen : Le Réceptif, la Terre
En bas K'ouen : Le Réceptif, la Terre

Cet hexagramme est entièrement composé de traits brisés. Les traits brisés correspondent à la puissance originelle du yin, qui est sombre, malléable, réceptive. La propriété de l'hexagramme est le don de soi i, son image est la terre. C'est le complément du créateur, son complément et non son opposé, car il ne le combat pas mais le complète. C'est la nature en face de l'esprit, la terre en face du ciel, le spatial en face du temporel, le féminin maternel en face du masculin paternel. Cependant, appliqué aux situations humaines, le principe de cette complémentarité ne se rencontre pas seulement dans les relations entre l'homme et la femme, mais aussi dans les rapports entre le prince et son ministre, le père et son fils; au sein de l'individu lui-même, cette dualité se retrouve dans la coexistence du spirituel et du sensible. On ne peut toutefois parler de véritable dualisme, car il existe entre les deux hexagrammes une claire relation hiérarchique. En soi, le réceptif est naturellement aussi important que le créateur, mais l'attribut de « don de soi » définit la place que cette vertu primordiale occupe par rapport à la première. Elle doit être placée sous la conduite et l'impulsion du créateur; elle produit alors d'heureux résultats. Mais si elle sort de cette place et veut marcher aux côtés du créateur et à égalité avec lui, elle devient mauvaise. Il s'élève alors entre elle et le créateur une opposition et une lutte qui produisent des effets néfastes pour l'un et l'autre.

LE RECEPTIF opère une sublime réussite, favorisant par la persévérance d'une jument.
Si l'homme noble doit entreprendre quelque chose et veut se mettre en avant, il s'égare; mais s'il suit, il trouve une direction.
Il est avantageux de trouver des amis à l'ouest et au sud et de se passer d'amis à l'est et au nord.
Une persévérance paisible apporte la fortune.

Les quatre aspects fondamentaux du créateur : « la sublime réussite favorisant par la persévérance » servent également à caractériser le réceptif. Toutefois, la persévérance est ici définie avec plus de précision comme étant celle d'une jument. Le réceptif désigne la réalité spatiale face à la potentialité spirituelle du créateur. Quand le potentiel devient effectif et le spirituel, spatial, cela survient toujours au moyen d'une détermination qui limite et individualise. Cela est indiqué en ajoutant à l'expression « persévérance » le déterminatif « d'une jument ». Le cheval appartient à la terre comme le dragon au ciel : en parcourant infatigablement les plaines, il symbolise la vaste étendue de la terre. Le terme de « jument » est choisi parce qu'il unit la force et l'agilité du cheval à la douceur et à la soumission de la vache. Ce n'est que parce que les dix mille ferries de la nature répondent aux dix mille impulsions du créateur que la terre peut rendre ces dernières effectives. La richesse de la nature consiste en ce qu'elle nourrit tous les êtres, et sa grandeur, en ce qu'elle les rend beaux et splendides. Elle fait ainsi prospérer tout ce qui vit. Tandis que le créateur engendre les êtres, la nature les enfante. Appliqué à la conduite humaine, l'hexagramme indique qu'il faut se comporter en conformité avec la situation. Le consultant de l'oracle n'est pas dans une position indépendante, mais son activité est celle d'un assistant. Cela signifie qu'il doit mener à bien une tâche. Ne pas vouloir diriger - il ne ferait que s'égarer -, niais se laisser diriger, tel est son rôle. S'il sait adopter une attitude d'acceptation à l'égard du destin, il est assuré de trouver une direction correspondante. L'homme noble se laisse guider. Il ne va pas de l'avant en aveugle, mais se laisse enseigner par les circonstances ce qui est exigé de lui, et il suit ces directives du destin. Puisqu'une tâche doit être menée à bien, il faut des auxiliaires et des amis pour l'heure du travail et de l'effort, une fois que les pensées qui doivent être réalisées ont été déterminées avec fermeté. Le temps du travail et de l'effort est exprimé par l'ouest et le sud, car c'est là que le réceptif oeuvre pour le créateur, de même que la nature en été et à l'automne. Si l'on ne rassemble pas toutes ses forces, on ne viendra pas à bout du travail à accomplir. C'est pourquoi « avoir des amis » signifie ici réaliser sa tâche. Mais, en dehors du travail et de l'effort, il existe aussi un temps pour les plans et les ordres : pour cela, la solitude est nécessaire. L'est symbolise le lieu où l'on reçoit les ordres de son maître, et le nord, celui où l'on rend compte de ce que l'on a accompli. Là il faut être seul et objectif. A cette heure sacrée, on doit se passer de compagnons afin que la pureté ne soit pas souillée par la haine et la partialité des factions.

L'état de la terre est le DON DE SOI RECEPTIF.
Ainsi l'homme noble à la vaste nature porte le monde extérieur.

Ainsi l'homme noble à la vaste nature porte le monde extérieur. De même qu'il n'y a qu'un ciel, il n'y a également qu'une terre. Tandis que, dans le premier hexagramme, le ciel, le redoublement du signe traduit la durée temporelle, dans le second, la terre, il signifie l'extension dans l'espace et la fermeté avec laquelle la terre porte et conserve tout ce qui vit et se meut sur elle. La terre, dans son abnégation, porte le bien et le mal sans exception. Ainsi l'homme noble rend son caractère vaste, solide, endurant, de manière à être capable de porter et de supporter les hommes et les choses.

Six en haut
Six à la cinquième place
Six à la quatrième place
Six à la troisième place
Six à la deuxième place
Six au commencement

Six au commencement signifie :Quand on marche sur du givre, la glace solide n'est pas loin.

De même que la force lumineuse représente la vie, la force sombre signifie la mort. A l'automne, lorsque survient la première gelée, la force de l'obscurité et du froid commence seulement à se déployer. Après les premiers signes, les manifestations de la mort se multiplient graduellement suivant des lois déterminées, jusqu'au moment où, finalement, le plein hiver est là avec sa glace.

Il en est exactement de même dans la vie. Une fois que certains signes à peine perceptibles du déclin ont fait leur apparition, le mouvement s'accentue jusqu'à ce que, finalement, la décrépitude s'installe. Mais dans la vie il est possible de prévenir la décadence en étant attentif à ses signes et en les affrontant en temps voulu.

Six au commencement :
Si l'on marche sur du givre, la glace solide n'est pas loin.
Si la force obscure commence à se figer et continue ainsi, cela va jusqu'à la glace solide.

Le premier trait contient l'avertissement de ne pas considérer légèrement le mal à ses débuts; car, si on le laisse à lui-même, le mal progresse fatalement de même que la glace de l'hiver suit le givre de l'automne.

Commentaire des paroles du texte (Wen Yen)

Six au commencement :
Une maison qui entasse bien sur bien est assurée d'avoir une abondance de bénédictions.
Une maison qui entasse mal sur mal est assurée d'avoir une abondance de maux.
Là où un serviteur tue son maître, où un fils tue son père, les causes ne se trouvent pas entre le matin et le soir d'un jour.
Si les choses sont allées si loin, c'est que cela s'est préparé très progressivement. Cela est venu de ce que l'on n'a pas arrêté assez tôt ce que l'on aurait dû arrêter.

Il est dit dans le Livre des Transformations :
« Si l'on marche sur du givre, la glace solide n'est pas loin ».
Cela montre où l'on en arrive quand on laisse les choses suivre leur cours.

    Selon Tchou Hi, la dernière phrase devrait se lire ainsi " Cela se rapporte à l'attention nécessaire " (pour arrêter à temps les choses qui doivent, de par leur nature, avoir des conséquences mauvaises).

Six à la deuxième place signifie :

Direct, carré, grand.
Sans dessein, rien pourtant ne demeure qui ne soit favorisé.

Le ciel a pour symbole le cercle, et la terre, le carré. Ainsi la forme carrée est l'attribut fondamental de la terre. Par contre le mouvement rectiligne est primitivement une propriété du créateur, de même que la grandeur. Toutefois les choses carrées ont leur racine dans la ligne droite et forment à leur tour des corps solides. En mathématiques on distingue les lignes, les plans et les solides; les lignes droites donnent naissance aux plans rectangulaires, et les plans rectangulaires aux corps cubiques. Le réceptif se règle suivant les propriétés du créateur et les fait siennes.

Ainsi un carré se développe à partir d'une ligne droite, et un cube à partir d'un carré. On a là la pure soumission à la loi du créateur : rien n'est retranché, rien n'est ajouté.

C'est pourquoi le réceptif n'a pas besoin de dessein ou d'effort particulier, et cependant tout va bien.

La nature engendre les êtres sans fausseté; c'est là sa rectitude. Elle est paisible et calme; c'est ainsi qu'elle est carrée. Elle ne refuse à aucun être de le supporter; c'est là sa grandeur. C'est pourquoi elle atteint sans artifice et sans dessein particulier ce qui est le bien de toutes choses.

Quant à l'homme, il parvient à la suprême sagesse lorsque toutes ses actions se révèlent aussi aisées à comprendre d'elles-mêmes que l'est la nature.

Six à la deuxième place :
Direct, carré, grand.
Sans dessein, rien pourtant ne demeure qui ne soit favorisé.
Le mouvement du six à la deuxième place 3 est direct, et par suite carré.
« Sans dessein, rien pourtant ne demeure qui ne soit favorisé », car dans la nature de la terre
se trouve la lumière.

Parce que le réceptacle dirige ses mouvements en se conformant au créateur, tous ses mouvements sont exactement ce qu'ils doivent être. Ainsi la terre engendre toutes les créatures, chacune d'après sa nature, en conformité avec la volonté du créateur. Le carré, le ferme se rapportent à l'immuable. Chaque sorte d'êtres vivants a ses lois d'existence fixes d'après lesquelles elle se développe d'une façon indépendante. En cela consiste la grandeur de la terre.

Cependant elle n'a pas besoin de dessein pour cela.

Toutes choses deviennent spontanément comme elles doivent le faire; car la vie possède une lumière intérieure dans la loi du ciel à laquelle elle doit obéir sans le vouloir.

Commentaire des paroles du texte (Wen Yen)

Six à la deuxième place :
Le caractère direct se rapporte à la rectification des choses; le caractère carré, à l'accomplissement des devoirs. L'homme noble est sérieux afin de rendre direct l'intérieur de son être; il fait son devoir pour rendre son extérieur carré.
Là où le sérieux et l'accomplissement du devoir sont fermement fixés, le caractère ne devient pas unilatéral.
« Direct, carré, grand : sans dessein, rien pourtant ne demeure qui ne soit favorisé »i car on n'est pas dans l'incertitude sur ce que l'on doit faire.

Grâce au sérieux pratiqué d'une façon conséquente, l'intérieur devient juste; grâce à l'accomplissement du devoir dans les actes, l'extérieur devient correct (carré). Le devoir exerce une action formatrice sur l'extérieur, mais ce n'est pas quelque chose d'extérieur.

Grâce au sérieux et à l'accomplissement du devoir, le caractère se développe richement de lui-même; la grandeur vient d'elle-même sans qu'on la recherche.

C'est pourquoi l'on atteint l'attitude juste, d'instinct, sans réflexion, parce que l'on est exempt des scrupules et des doutes dont les flottements anxieux affaiblissent le pouvoir de décision.

Six à la troisième place signifie :

Traits cachés. On est capable de demeurer persévérant.
Si par hasard tu es au service d'un roi, ne recherche pas les travaux, mais parachève.

Quant un homme est affranchi de la vanité, il est capable de dissimuler ses traits de manière à ne pas attirer prématurément l'attention sur lui. Il peut ainsi mûrir en paix. si les circonstances le demandent, il est capable de se mettre en évidence, mais là encore il garde la réserve.

Le sage laissera volontiers la gloire aux autres. Il ne cherche pas à ce que des résultats tout prêts lui soient attribués, mais il fait porter son espoir sur les causes premières opérantes; en d'autres termes, il accomplit les actions de manière qu'elles portent des fruits pour l'avenir.

Six à la troisième place :
Traits cachés : On est capable de demeurer persévérant.
Si par hasard tu es au service d'un roi, ne recherche pas les travaux, mais parachève.
« Traits cachés. On est capable de demeurer persévérant. » On doit les faire briller au moment opportun.
« Si tu es au service d'un roi, ne recherche pas les travaux, mais parachève. » Cela montre que la lumière de la sagesse est grande.

Cacher la beauté ne signifie pas demeurer inactif, mais cela veut dire seulement que l'on ne se montre pas à contretemps.

Lorsque le moment est venu, on doit alors se manifester.

« si l'on est au service d'un roi » : ce qui suit est supprimé dans le texte du commentaire qui, souvent, ne s'applique qu'aux phrases du texte primitif. si l'on ne se glorifie pas de ses mérites, mais que l'on veille seulement à ce que tout soit réalisé, c'est un signe de grande sagesse.

Commentaire des paroles du texte (Wen Yen)

Six à la troisième place :
La force obscure possède la beauté, mais la cache.
C'est ainsi que l'on doit être lorsqu'on entre au service d'un roi. On ne doit pas revendiquer pour soi l'Ouvre achevée. C'est la voie de la terre, la voie de la femme, la voie du serviteur. La voie de la terre est de ne pas manifester d'Ouvre achevée, mais de mener toutes choses à leur terme en jouant le rôle de suppléant.
    Le devoir de celui qui adopte une position subordonnée est de ne pas vouloir être indépendant, mais de dissimuler sa propre valeur et de laisser revenir le mérite entier de l'Ouvre accomplie au maître pour lequel on travaille.

Six à la quatrième place signifie :

Sac ficelé. Pas de blâme. Pas d'éloge.

Le principe sombre s'ouvre quand il se meut et se ferme quand il se repose. L'attitude désignée ici est celle de la plus extrême réticence. L'heure est dangereuse : tout mouvement en avant conduira soit à l'hostilité d'adversaires plus forts si l'on veut combattre, soit à une fausse reconnaissance fondée sur un malentendu, si l'on se montre complaisant. Il convient donc de demeurer réservé, que ce soit dans la solitude ou dans l'agitation du monde, car là aussi nous pouvons si bien nous cacher que personne ne nous connaît.

Six à la quatrième place :
Sac ficelé. Pas de blâme, pas d'éloge.
« Sac ficelé. Pas de blâme, pas d'éloge. » Grâce à la prudence on demeure exempt de dommages.

On a ici un trait yin à une place yin; ainsi la force yin croît, et par suite la contraction est aussi forte que dans un sac ficelé. Il s'ensuit naturellement un isolement relatif qui, toutefois, libère des obligations.

Commentaire des paroles du texte (Wen Yen)

Six à la quatrième place :
Lorsque le ciel et la terre créent dans le changement et la transformation, toutes les plantes et tous les arbres prospèrent; mais lorsque le ciel et la terre se ferment, l'homme de valeur se retire dans l'obscurité.
Il est dit dans le Livre des Transformations i« Sac ficelé. Pas de blâme, pas d'éloge ». C'est un conseil de prudence.

Le six à la quatrième place se trouve dans le voisinage du prince, mais il ne trouve aucun crédit auprès de lui; par suite, la seule attitude juste est, dans ce cas, de se fermer au monde. C'est l'état de repos du principe obscur, l'état où il se ferme

Six à la cinquième place signifie :

Un vêtement de dessous jaune apporte une sublime fortune.

Le jaune est la couleur de la terre et du milieu, le symbole de ce qui est digne de confiance et authentique. Le vêtement de dessous ne comporte que des ornements sans éclat, symboles de la réserve d'un esprit noble. si quelqu'un est appelé à une place éminente mais non encore indépendante, le vrai succès repose sur la parfaite discrétion. L'authenticité et la finesse d'un homme ne doivent pas se manifester directement; elles ne s'extérioriseront qu'indirectement, comme effets de l'intérieur.

Six à la cinquième place :
Un vêtement de dessous jaune procure une sublime fortune.
« Un vêtement de dessous jaune procure une sublime fortune ». La beauté est à l'intérieur .

La position du six à la cinquième place ressemble à celle du six à la troisième place. Ici également la place donne une certaine force qui est neutralisée par la nature du trait. C'est pourquoi là comme ici la beauté est cachée.

Commentaire des paroles du texte (Wen Yen)

Six à la cinquième place :
L'homme noble est jaune et modéré, et ainsi il agit raisonnablement à l'extérieur.
Il recherche la juste place et réside dans l'essentiel.
Sa beauté est intérieure, mais elle exerce une influence libératrice sur ses membres et s'exprime dans ses Ouvres. C'est la beauté suprême.
Le jaune est la couleur du milieu et de la modération. La modération intérieure agit à l'extérieur en imprégnant de raison la forme de toutes ses manifestations. La juste place que l'homme noble cherche pour lui se trouve dans les bons usages qui laissent le premier rang aux autres et font que l'on se retire modestement. La grâce discrète qui, bien qu'invisible, se manifeste dans tous les mouvements et les ouvrages est la beauté suprême.

Il existe une différence caractéristique entre ce qui est dit des traits du créateur et ce que l'on expose à propos de ceux du réceptif. Dans le premier hexagramme, l'accent est mis sur sa nature vraie et assurée, tandis que dans le second, les qualités soulignées sont le sérieux, le caractère consciencieux et l'humilité.

Il s'agit ici de la même chose, mais vue sous un angle différent. seule la vérité donne le sérieux, seul le sérieux rend possible la vérité.

Six en haut signifie :

Dragons se battant dans le pré.
Leur sang est noir et jaune.

A la place supérieure, l'obscurité doit céder à la lumière.

Si elle tente de se maintenir à une place qui n'est pas la sienne et de commander au lieu de servir, elle attire sur elle la colère du fort. Il en résulte un combat dans lequel elle s'effondre, non sans dommage pour les deux parties.

Le dragon, symbole du ciel, vient combattre le faux dragon dont le principe terrestre a usurpé la figure. Le bleu sombre est la couleur du ciel, le jaune est la couleur de la terre. Par conséquent, lorsqu'il coule un sang noir et jaune, c'est un signe que ce combat contre nature entraîne' du dommage pour les deux forces fondamentales

S'il n'apparaît que des six, cela signifie :

La persévérance durable est avantageuse.

S'il n'apparaît que des six, le signe du réceptif se transforme dans celui du créateur. Il acquiert ainsi la puissance de la durée en se tenant fermement à ce qui est juste, sans doute, il n'y a pas de progrès, mais il n'y a pas non plus de mal.

Six en haut :
Des dragons se battant dans le pré. Leur sang est noir et jaune.
« Des dragons se battant dans le pré. » Le chemin parvient à son terme.

Le six supérieur cherche à tenir bon, bien que la situation obscure touche à son terme. En un tel moment, le principe obscur sort du domaine de ce qui est moralement indifférent pour devenir franchement mauvais. Il entre donc en lutte avec la puissance lumineuse qui vient de l'extérieur à la rencontre de l'obscurité; les deux éléments subissent l'un et l'autre du dommage.

ous les traits sont des six :
La persévérance durable est avantageuse.
« Persévérance durable. » Cela finit dans de grandes choses.

Puisque tous les six se transforment, ils deviennent des traits lumineux, c'est-à-dire grands.

Commentaire des paroles du texte (Wen Yen)

Six en haut :
Si l'obscurité cherche à égaler la lumière, il y a sûrement combat. Pour que l'on ne croie pas qu'il n'y a plus de lumière, le dragon se trouve nommé ici.
Mais pour montrer clairement qu'il n'y a pas de déviation de leur nature, le sang est également nommé.
Le noir et le jaune sont le ciel et la terre confondus.
Le ciel est noir et la terre est jaune.

Cette explication est formulée d'une manière qui manque de clarté : au dixième mois, la force obscure a remporté une victoire complète. La dernière clarté restante est chassée. Le soleil a atteint son point le plus bas. L'obscurité règne sans retenue. Mais c'est là précisément la raison de la transformation. Le solstice survient et la lumière lutte de nouveau avec l'obscurité. Il en est ainsi dans tous les domaines. Le principe obscur ne peut exercer la souveraineté; il n'est à sa place légitime que lorsqu'il est conditionné par la lumière et qu'il lui est soumis. Si l'on n'y prend garde et si le principe obscur veut sortir de l'intérieur de sa sphère vers l'extérieur, dans le champ de l'action, la puissance de la lumière se manifeste. Le dragon qui en est le symbole apparaît alors et refoule l'obscurité à l'intérieur de ses limites, montrant ainsi que le principe lumineux est toujours là. Le sang est le symbole du principe obscur, comme le souffle est celui du principe lumineux. Etant donné que le sang coule, l'obscurité est blessée. Mais le sang ne provient pas seulement du principe obscur : le principe lumineux pâtit également de cette lutte; c'est pourquoi la couleur est caractérisée comme jaune et noire.

Le noir, ou plutôt le bleu de nuit, est la couleur du ciel, de même que le jaune est la couleur de la terre. (On notera que la répartition des couleurs alléguée ici est différente de celle donnée dans les remarques sur les huit trigrammes où le créateur est dit rouge, et le réceptif, noir, obscur.)

REMARQUE.

Contrairement à ce qui est dit du créateur, les différents traits ne sont pas ici dans une relation de développement les uns à partir des autres, mais ils sont sans connexions mutuelles. Chacun représente une situation particulière. Le créateur représente le temps qui suppose une succession, tandis que le réceptif traduit l'espace qui manifeste une juxtaposition.

Les différents traits appellent les observations suivantes :le premier trait et le trait supérieur, donc les deux places extérieures, sont défavorables. C'est que la place qui convient au réceptif n'est pas à l'extérieur, mais à l'intérieur.

Le premier trait montre le principe obscur dans l'initiative cela signifie un danger. C'est pourquoi le principe obscur est représenté comme quelque chose d'objectif qui, au moment voulu, doit être refréné. A la place supérieure, il s'arroge la souveraineté et entre en rivalité avec le principe lumineux.

Ici encore il est représenté objectivement comme ce contre quoi on lutte (cf. l'hexagramme n° 43 : Kouai, la résolution), car ces deux situations ne correspondent pas à la nature de l'homme noble. Or le Livre des Transformations est composé uniquement pour les hommes nobles. C'est pourquoi tout ce qui est vulgaire est toujours quelque chose d'extérieur, d'objectif.

Les deux traits médians sont l'un et l'autre favorablesà cause de leur position centrale. Toutefois, à l'inverse de ce qui se passe pour l'hexagramme précédent, le créateur, le maître du signe se trouve ici à la deuxième place, car il est de la nature du réceptif d'être en bas. Ici se manifeste par conséquent la manière d'être de la terre, de la nature matérielle et spatiale dans laquelle toutes choses opèrent spontanément. La cinquième place traduit l'humilité dans la nature humaine. Le fait qu'il y soit question de vêtements suggère l'image d'une princesse plutôt que d'un prince. (Cf. l'hexagramme n° 54 : Kouei Mei, l'épousée, six à la cinquième place.) Les deux traits de transition ont une signification neutre.

Sans doute, le troisième a la possibilité d'entrer au service d'un roi, car la faiblesse de la nature est compensée par la force de la place. Mais, tandis que le troisième trait de K'ien contient lui-même sa fin, le trait correspondant de K'ouen renonce à lui-même et ne se soucie que de servir les autres.

Le quatrième trait est trop faible (trait malléable à une place faible). De plus, il n'est pas en relation avec le cinquième trait, et c'est pourquoi il ne lui reste qu'à s'enfermer en lui-même. Le quatrième trait correspond, dans sa passivité exaltée, à l'activité exaltée du neuf à la troisième place dans l'hexagramme précédent, de même que le troisième trait dans ses possibilités indéterminées correspond au neuf à la quatrième place de K'

Le maître de l'hexagramme est le six à la 2 ème place. L'hexagramme K'ouen, « le réceptif », représente la nature de la terre. « Le réceptif » traduit en outre la nature du serviteur, et la 2e place est celle du serviteur. En outre, le caractère quadruple du réceptif : « malléable », « abandonné »i,< modéré », c'est-à-dire central, « juste », c'est-à-dire faible, à une place faible, est parfaitement exprimé par ce trait.

C'est pourquoi il est le maître de l'hexagramme. Les termes du jugement : < S'il veut se mettre en avant, il s'égare, mais s'il suit, il trouve une direction » et : « Il est avantageux de trouver des amis à l'ouest et au sud et de se passer d'amis à l'est et au nord » se rapportent tous à la nature d'un fonctionnaire.

L'hexagramme est rattaché au dixième mois (novembre-décembre)) où la force obscure présente dans la nature amène la fin de l'année.

Le RECEPTIF est malléable.
LE JUGEMENT
Le RECEPTIF opère une sublime réussite favorisant par la persévérance d'une jument.
Si l'homme noble doit entreprendre quelque chose et veut se mettre en avant, il s'égare; mais s'il suit, il trouve une direction.
Il est avantageux de trouver des amis à l'ouest et au sud, et de se passer d'amis à l'est et au nord.
Une persévérance paisible procure la fortune.

Parfaite en vérité est la sublimité du RECEPTIF;
Tous les êtres lui doivent leur naissance, car il reçoit avec abandon l'élément céleste.

C'est l'explication du mot « sublime » contenu dans le jugement. ' La grandeur du RECEPTIF est désignée comme parfaite.

Est parfait ce qui atteint l'idéal. Ainsi se trouve exprimé l'état de dépendance du réceptif par rapport au créateur.

Tandis que le créateur est celui qui engendre et auquel les êtres doivent leur commencement, puisque l'âme naît de lui, le réceptif est ce qui enfante : il reçoit en lui la semence du principe céleste et donne aux êtres leur organisation corporelle.

Le RECEPTIF, dans Sa richesse, porte toutes choses.
Sa nature est en harmonie avec l'illimité. Il embrasse toutes choses dans son ampleur et illumine toutes choses dans sa grandeur. C'est par lui que les êtres individuels parviennent à la réussite.

C'est l'explication du mot « réussite » contenu dans le jugement. Il y a également ici une contrepartie complémentaire du créateur. Tandis que le créateur protège les choses, c'est-à-dire les couvre d'en haut, le réceptif les porte comme un soubassement à la durée indéfinie. Son essence est un accord infini avec le créateur. C'est de là que découle sa réussite.

Tandis que le mouvement du créateur est dirigé vers l'avant (mouvement rectiligne) et que son repos est l'immobilité, le repos du réceptif est de se fermer et son mouvement est de s'ouvrir. Dans l'état de repos, c'est-à-dire la fermeture, il embrasse toutes choses comme dans un immense sein maternel. Dans l'état de mouvement, c'est-à-dire quand il s'ouvre, il laisse entrer la lumière divine et illumine ainsi toutes choses. Sa réussite se fonde sur le fait qu'il se manifeste dans la réussite des êtres.

Tandis que la réussite du créateur consiste en ce que les êtres individuels reçoivent leur forme déterminée, la réussite du réceptif fait qu'ils prospèrent et se déploient.

La jument fait partie des créatures de la terre; elle court sur la terre sans connaître de limites.
Malléable, abandonné, favorisant par la persévérance : ainsi l'homme noble a une direction pour sa conduite.

Tandis que le créateur est symbolisé par le dragon qui vole vers le ciel, le réceptif est représenté par la jument (mélange de force et de don de soi plein d'abandon) qui court sur la terre. La nature malléable et abandonnée ne doit pas exclure la force, car celle-ci est nécessaire au réceptif, pour qu'il soit retenu comme auxiliaire du créateur. La force .se traduit dans ces mots : « Favorisant par la persévérance », que le Commentaire présente comme le modèle de la conduite de l'homme noble. (La ponctuation s'écarte de celle du Jugement. D'après le Commentaire on doit - à cause de la rime - traduire littéralement : « Favorisant par la persévérance : ainsi l'homme noble a où aller. » Dans le jugement, par contre, la plupart des commentateurs rattachent les derniers mots à ce qui suit : « Si l'homme noble a quelque chose à entreprendre et agit prématurément, il s'égare... ») Se mettre en avant amène la confusion parce que l'on perd son chemin. C'est en suivant avec abandon que l'on acquiert la position permanente. A l'ouest et au sud on trouve des amis, si bien que l'on se joint à des gens de même espèce. A l'est et au nord on doit se passer d'amis, si bien que finalement l'on parvient à la fortune. Si le réceptif voulait aller lui-même de l'avant, il s'écarterait de sa nature propre et se tromperait de chemin.

Lorsqu'il s'abandonne et suit le créateur, il parvient à la position permanente qui est la sienne.

L'ouest et le sud sont les points où sont placés les trigrammes féminins selon la disposition du roi Wen.

K'ouen est ici au milieu des filles. L'est et le nord sont au contraire la place des trigrammes masculins (K'ien et les fils), si bien que le réceptif est seul dans cette région. Mais le fait de n'être qu'avec le créateur lui procure précisément la fortune. Ainsi la terre doit n'être qu'avec le ciel, le fonctionnaire doit ne servir que le prince, la femme ne doit dépendre que de l'homme.

La fortune découlant du repos et de la persévérance a pour fondement le fait que l'on se conforme à la nature infinie de la terre.

La terre est en repos. Elle n'agit pas d'elle-même, mais reçoit constamment en elle l'influence du ciel. C'est ainsi que sa vie devient inépuisable et éternelle. De même l'homme parvient à l'éternité en ce qu'il ne veut pas tout faire de lui-même en se glorifiant de ses propres forces, mais s'ouvre paisiblement et à chaque instant aux impulsions émanant des profondeurs des puissances créatrices.

L'état de la terre est LE DON DE SOI RECEPTIF.
Ainsi l'homme noble à la vaste nature porte le monde extérieur.

Le ciel se meut puissamment. C'est pourquoi il est dit de lui : « Il va ». La terre accomplit au moyen de la forme.

C'est pourquoi il est dit d'elle : « état ». La terre est redoublée; cela indique son caractère massif qui est nécessaire pour qu'elle puisse s'abandonner sans perdre son essence. De même l'homme doit posséder la force intérieure, une nature massive et vaste pour être en mesure de supporter le monde sans être influencé par lui.

Commentaire des paroles du texte (Wen Yen)

Sur l'ensemble de l'hexagramme.

Le RECEPTIF est parfaitement malléable, et pourtant il est ferme dans son mouvement. Il est parfaitement calme, et pourtant il est carré de nature.

La jument est soumise et pourtant forte. Il en est de même du réceptif, car ce n'est qu'ainsi qu'il peut être le pendant du créateur. Parfaitement calme à l'intérieur parce qu'entièrement dépendant, il est lié de façon immuable à des lois fixes dans ses manifestations qui sont la production des différentes espèces. « Ferme dans le mouvement » est l'explication des paroles du texte : « Sublime succès ».

« Calme et pourtant carré » est l'explication des paroles du texte : « La persévérance est avantageuse ».

« S'il suit, il trouve une direction » et obtient ainsi quelque chose de durable.
« Il embrasse toutes choses » et sa faculté de transformation est pleine de lumière.

Ces phrases sont des amplifications du Commentaire sur la décision. Il est ici question du mouvement du réceptif correspondant aux saisons d'été et d'automne (sud et ouest), au cours desquelles il se trouve réuni aux « amis » obéissant aux lois du ciel, il donne la vie aux différents êtres, chacun suivant sa nature; il participe ainsi à l'éternité du ciel, embrasse toutes choses et les porte à la maturité; il manifeste par là en pleine lumière son pouvoir de transformer les choses.

La Voie du réceptif, comme elle, est donc pleine d'abandon.
Il reçoit en lui le ciel et opère en son temps.

Ces deux activités correspondent à l'hiver et au printemps (ou encore au nord et à l'est). Il y a ici une allusion à l'union solitaire avec le créateur, à la réception de la semence et à sa paisible maturation jusqu'à la naissance

Les commentaires traitant du réceptif s'appuient sur le caractère du six à la deuxième place, de même que ceux concernant le créateur ont pour base le neuf à la cinquième place.